Madagascar

 

En canoë sur la rivière Manambolo

Sur la rivière Manambolo, qui descend des hautes terres de Madagascar en direction du canal du Mozambique, à l’ouest, on navigue au cœur des méandres de la vie malgache. Immersion au gré des croyances, des petits négoces et des joies de la vie quotidienne, des montagnes du Bongolava aux mystérieuses grottes du tsingy de Bemaraha.

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Madagascar : sur la rivière Manambolo en canoë
On atteint enfin la rivière, au terme d’une somptueuse descente panoramique depuis les hauts plateaux du Bongolova. Lorsqu’on arrive là, on a eu largement de temps d’oublier la dernière route, bien loin, du côté de Tsiroanomandidy – 200 kilomètres à l’est de Antananarivo, 5-6 heures de tape-cul, au bas mot… Depuis des lustres, je n’ai pas vu l’ombre d’une ampoule, d’une prise électrique, d’un poste de radio. Mon téléphone portable est aussi inutile que mon Lonely Planet, au fond du sac. On m’avait parlé des pistes difficiles, à Madagascar. C’était largement exagéré. À Ankavandra, il n’y a plus de piste du tout. Juste une vieille tire américaine, venue d’on ne sait où, qui achève de mourir sous les pluies tropicales. Je suis juste au bout du monde, implacablement paumé, aux anges.

Les hauts plateaux du Bongolava

On atteint enfin la rivière, au terme d’une somptueuse descente panoramique depuis les hauts plateaux du Bongolova. Lorsqu’on arrive là, on a eu largement de temps d’oublier la dernière route, bien loin, du côté de Tsiroanomandidy – 200 kilomètres à l’est de Antananarivo, 5-6 heures de tape-cul, au bas mot… Depuis des lustres, je n’ai pas vu l’ombre d’une ampoule, d’une prise électrique, d’un poste de radio. Mon téléphone portable est aussi inutile que mon Lonely Planet, au fond du sac. On m’avait parlé des pistes difficiles, à Madagascar. C’était largement exagéré. À Ankavandra, il n’y a plus de piste du tout. Juste une vieille tire américaine, venue d’on ne sait où, qui achève de mourir sous les pluies tropicales. Je suis juste au bout du monde, implacablement paumé, aux anges.
Madagascar : sur la rivière Manambolo en canoë
Madagascar : sur la rivière Manambolo en canoë
Madagascar : sur la rivière Manambolo en canoë

Monsieur Michel

« Vous êtes certainement Monsieur Michel. C’est vous que je venais voir… » Il en fait une drôle de tête, « Monsieur Michel ». Les yeux mi-clos, sous son chapeau de cuir à larges bords, Michel Tertipis me détaille, avec mon T-shirt acrylique et mon sac à dos étanche dernier cri. Mettez-vous un peu à sa place, attablé à la cour des miracles de ce boui-boui miséreux de Bekopaka. Imaginez un peu l’effet que vous ferait, au terme de trente ans de cavale dans les mangroves du delta, les bivouacs du Bongolava ou les bars canailles de Tana, cette apparition inopinée d’un jeune blanc-bec, qui vous appellerait « Monsieur Michel » et vous annoncerait qu’il vient, à neuf mille kilomètres de chez lui, de débusquer celui qu’il cherchait… « On va acheter deux trois bières et on va aller les boire chez moi », conclut immédiatement Monsieur Michel, d’une voix grave. J’avale en deux gorgées gargantuesques les 66 centilitres de ma THB – Three Horses Beer, la bière locale – et nous décollons. Je le tiens enfin, mon « inventeur » de la descente de la Manambolo. Tertipis est né sur le fleuve, il y a quelque soixante-dix ans. Le premier, il a guidé des « Vazahas », des Blancs, sur les méandres de la rivière. Sa réputation le précède, ici, là-bas, tout au long de la rivière et jusqu’au bout du monde. Crocodiles, berias (le boeuf sauvage de Madagascar, dont il ne reste que quelques spécimens), ses exploits de chasseur en font un personnage incontournable des eaux rouges du fleuve Manambolo. Dans son petit bungalow, des rangées de bouquins, un chapeau de brousse, un calibre 12 et un ordinateur portable flambant neuf. Six romans qui passeront, espérons-le, un jour à la postérité. Des histoires de chasse au croco, des histoires à dormir debout, des histoires à ne pas dormir du tout.
Madagascar : sur la rivière Manambolo en canoë
À l’approche des gorges qui entaillent le massif calcaire du  Bemaraha, les berges se redressent, pour laisser rapidement la place à un horizon vertical et luxuriant. Les gorges de la Manambolo sont certainement la plus belle illustration de ce que fut Madagascar jadis : une immense forêt primaire. La culture sur brûlis n’en a laissé que des miettes, miraculeusement rassemblées ici. Des forêts galeries qui s’accrochent aux pentes. Et aux lits encaissés des torrents qui dévalent des hauts plateaux et viennent mêler leurs eaux vert émeraude aux limons rouge latérite de la Manambolo.

Au cœur des gorges

À l’approche des gorges qui entaillent le massif calcaire du Bemaraha, les berges se redressent, pour laisser rapidement la place à un horizon vertical et luxuriant. Les gorges de la Manambolo sont certainement la plus belle illustration de ce que fut Madagascar jadis : une immense forêt primaire. La culture sur brûlis n’en a laissé que des miettes, miraculeusement rassemblées ici. Des forêts galeries qui s’accrochent aux pentes. Et aux lits encaissés des torrents qui dévalent des hauts plateaux et viennent mêler leurs eaux vert émeraude aux limons rouge latérite de la Manambolo.
Madagascar : sur la rivière Manambolo en canoë